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01 avril 2013

Mali : à Tombouctou, des terroristes bardés d'explosifs

Des soldats de l'Opération Serval sont venus en appui des soldats maliens à Tombouctou.
A droite, l'amiral Guillaud au Mali. © Mindef

A Tombouctou, le 31 mars, des soldats de la force Serval ont appuyé l’armée malienne et neutralisé l'attaque d’une quinzaine de terroristes. Deux Mirage 2000 et deux Rafale sont intervenus en appui.
Dans la nuit du 30 au 31 mars 2013, vers 22 heures, des groupes terroristes s'étaient infiltrés dans le centre ville de la ville, à proximité d'une caserne des forces armées maliennes (FAM), au camp militaire Cheick Yehia. D'autres groupes terroristes se sont éparpillés un peu partout en ville, notamment au niveau de l'hôtel Colombe, où résident le gouverneur, le général Mamadou Mangara et les autres responsables régionaux de l'administration publique. Des terroristes bardés de ceintures explosifs se sont dirigés vers les militaires maliens. Deux de ces kamikazes se sont fait exploser.

Des kamikazes bardés d'explosifs
Des terroristes, qui tentaient de s’exfiltrer vers le nord-ouest de la ville, ont été repérés et pourchassés par la population. Un militaire français blessé au cours de l'opération a été transféré par hélicoptère vers l’hôpital militaire français de Gao. Ses jours ne sont pas en danger. Bilan provisoire : 8 terroristes morts et un sous-officier mort et 8 blessés pour l'armée malienne.

Cette attaque terroriste pourrait être liée à la présence à Bougouni, à une soixantaine de Tombouctou du chef du mouvement rebelle touareg islamiste Ansar Dine, Lyad ag Ghali. Originaire de Kidal, âgé de 54 ans, Lyad ag Ghali, est une figure du mouvement rebelle touareg malien, recherché par le services de renseignements français et maliens, désigné par le département d'Etat américain comme un «terroriste mondial», il  aurait tenté de fuir le Mali, fin janvier 2013.

Montée en puissance des forces africaines
Quelques centaines de militaires parachutistes « bérets rouges » ont quitté dimanche Bamako pour le nord du Mali pour intégrer le dispositif militaire malien. Ce départ signe la fin de graves tensions au sein de l'armée malienne entre bérets rouges et bérets verts. Une compagnie d’instruction de parachutistes sera installée à Bamako. Et deux autres compagnies seront basées à Tombouctou et à Gao, dans le nord du Mali.

A Ménaka, les 280 soldats du bataillon nigérien arrivés depuis le 24 mars ont effectivement repris la responsabilité de cette zone à la place des soldats français qui ont progressivement quitté la zone pour rejoindre Gao. Un détachement de liaison français devrait y être déployé prochainement pour faciliter la coordination des actions françaises dans la zone. La mise en place de soldats nigériens marque le transfert progressif de responsabilité entre les forces françaises et les forces de la MISMA, alors que les forces africaines poursuivent leur montée en puissance. Elles sont près de 6300 présentes sur le sol malien aux côtés de 4800 soldats des forces armées maliennes.

Le ministre malien de la Défense et des anciens combattants, le général Yamoussa Camara a confirmé l'arrestation par les services de sécurité de la Mauritanie de l'un des auteurs de la tuerie barbare de Dougoumi, un village de la région de Mopti, l' ex-caporal de la Garde nationale Hawa Ag Ambi, déserteur de l'Unité méhariste de Léré. Le bilan avait été particulièrement lourd : vingt morts et des disparus parmi la population locale.

L'amiral Guillaud au Tchad
Après Gao et Nouakchott, le Chef d’Etat-major des armées françaises l’Amiral Edouard Guillaud se trouvait en fin de semaine dernière à N'Djamena où il a rencontré, le 30 mars, le Président de la République du Tchad Idriss Déby. L'entretien qui a duré plus d'une heure a roulé sur le Mali où les forces tchadiennes et françaises traquent les narcoterroristes. « La participation de la troupe tchadienne au Mali est à saluer, a déclaré l’Amiral Guillaud après son entretien avec le Chef de l’Etat. Les forces tchadiennes ont été d’une grande contribution pour libérer le nord Mali. Actuellement, la situation sécuritaire dans le septentrion malien s’améliore. AQMI et les autres groupes ont essuyé des lourdes pertes et la traque continue ». 

25 mars 2013

L'Elysée enfin raccordé au haut débit

Le service communication de la Présidence de la République française a enfin été raccordé au haut débit. Et François Hollande a pu confirmer, samedi 23 mars, la mort d’un chef  d'Aqmi  (Al-Qaida au Maghreb islamique), tué lors de combats dans le Nord-Mali, le 22 février. Annoncée officiellement par le Président de la République du Tchad, Idriss Deby, le 1er mars dernier, la mort d’Abdelhamid Abou Zeid, n'a été confirmée par le président français que trois semaines plus tard. En ces termes : l’Élysée annonce «de manière certaine la mort d’Abdelhamid Abou Zeid survenue lors des combats menés par l’armée française dans l’Adrar des Ifoghas au nord du Mali, à la fin du mois de février».
En réalité, le chef djihadiste Abou Zeid avait été tué par les soldats tchadiens. L'information n'est sans doute pas encore arrivée jusqu'à l'Elysée... A quand le haut débit max pour la Présidence de la République ?

23 mars 2013

Alger confirme : Abou Zeid a bien été tué


L'Algérie a confirmé l'identité du cadavre des Ifoghas, après analyse de prélèvements organiques. Alger les a comparé à des fragments d'ADN familiaux qui ont permis d'identifier formellement le terroriste.

Cette information avait été déjà officiellement annoncée par le président de la République du Tchad Idriss Deby. Même si côté français, les autorités se montraient un peu frileuses et retardaient le moment d'annoncer officiellement ce qu'elles ne pouvaient ignorer.

Lire :
La France peut-elle ignorer la mort d'Abou Zeid ?

Les 20 et 21 mars 2013 dernier, le général d’armée Ract Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre (CEMAT) s’est rendu au Mali. A Bamako, il a d’abord présidé la cérémonie de lever de corps du caporal-chef Van Dooren, mort au combat le 16 mars 2013. Le 21 mars, le CEMAT a rejoint Tessalit et les troupes françaises déployées dans la zone et, au plus près, par hélicoptère, les militaires au contact des groupes terroristes dans la vallée de Terz. Puis destination Gao, où les unités du groupement tactique interarmes 2 (GTIA 2) sont engagées dans l’opération Doro, menée quotidiennement par les forces françaises, maliennes et africaines. Son objectif : sécuriser le terrain, rechercher et détruire les groupes terroristes qui continuent dans cette zone d’alimenter un climat d’insécurité.
Opération Doro apr le GTIA 2 à l'est de Gao. © Armée de terre/EMA
Opération Doro à l'est de Gao, par le GTIA 2 en coordination avec les forces maliennes.
© Armée de terre/EMA.
La France est engagée dans l’opération Serval depuis le 11 janvier 2013. Ce sont près de 4.000 soldats français qui opèrent quotidiennement au Mali.

Mali, mission accomplie ?
L’intervention française au Mali s’achemine-t-elle vers sa fin ? Le Président de la république française François Hollande a assuré que la souveraineté du Mali sera rétablie sur « la quasi-totalité » du territoire dans... « quelques jours ». 

Le retrait des troupes françaises au Mali commencera «à partir de la fin» avril, a indiqué, de son côté, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Le Tchad, principal soutien militaire de la France au Mali, a appelé jeudi à ne pas crier victoire trop vite dans la guerre contre les islamistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays. «L’opération conjointe armée tchadienne-armée française a fait un travail important dans les Ifoghas, a-t-il souligné. Elle est en train de faire du ratissage sur le terrain. Je crois que plus de 70% du travail est fait mais il ne faut pas aller trop vite en besogne parce que nous avons un adversaire particulier sur un théâtre particulier», a dit le ministre tchadien des Affaires étrangères et de l’intégration africaine de la République du Tchad, Moussa Faki Mahamat, à l'issu d'une séance de travail au Quai d'Orsay, avec Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères.

22 mars 2013

Mali : le Tchad appelle "à ne pas crier victoire trop vite"


Le Tchad, principal soutien militaire de la France au Mali, a appelé jeudi à ne pas crier victoire trop vite dans la guerre contre les islamistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays. «L’opération conjointe armée tchadienne-armée française a fait un travail important dans les Ifoghas, a-t-il souligné. Elle est en train de faire du ratissage sur le terrain. Je crois que plus de 70% du travail est fait mais il ne faut pas aller trop vite en besogne parce que nous avons un adversaire particulier sur un théâtre particulier», a dit le ministre tchadien des Affaires étrangères et de l’intégration africaine de la République du Tchad, Moussa Faki Mahamat, à l'issu d'une séance de travail au Quai d'Orsay, avec Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères.  «Il faut être prudent et je pense qu'on a besoin d'un travail sur l'ensemble du Mali, en particulier dans la zone de Tombouctou», a-t-il ajouté.
Un attentat suicide à la voiture piégée avait, en effet, coûté la vie à un soldat malien dans la nuit sur l'aéroport de Tombouctou. Les échanges de tir qui ont suivi ont fait une dizaine de morts parmi les combattants islamistes.  
© Ministère des AEF/Julien Faure
Moussa Faki, ministre des Affaires étrangères et de l'intégration africaine de
la République du Tchad a été reçu par Laurent Fabius, ministre des Affaires
étrangères au Quai d'Orsay, le 21 mars 2013. © Ministère des AEF/Julien Faure
Moussa Faki a affirmé que le Tchad n'avait rien réclamé en échange de son engagement. «On n'a pas besoin d'être convaincu, on est un ami du Mali, a-t-il dit. La menace sur le Mali est une menace sur le Tchad. On n'a pas besoin d'être payé pour ça.» Le président tchadien Idriss Deby Itno a déclaré, il y a quelques jours : «La menace des jihadistes existe ici au Tchad. Elle existait avant qu'on envoie nos forces au Mali. Ce qui se passe au Mali n'est pas loin, c'est dans le Sahel". 


Le retrait des troupes françaises débutera fin avril
Le Tchad, partenaire essentiel de la France en Afrique centrale, apporte un appui militaire déterminant à l’opération Serval au Mali. Il a envoyé 2.400 soldats sur le terrain. Ces spécialistes du désert sont en pointe dans les combats pour déloger les islamistes, notamment dans la zone du massif des Ifoghas. Trente soldats tchadiens ont été tués dans les engagements au Nord-Mali.

La France, qui a engagé 4.000 Français dans l'opération Serval, en cours depuis le 11 janvier, devrait commencer à se retirer prochainement du théâtre d'opérations. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a en effet déclaré mercredi que le retrait des troupes françaises du Mali débuterait «à partir de la fin du mois d'avril».

Selon le Quai d'Orsay, «l’entretien a permis d’évoquer les perspectives de sortie de crise», notamment la mise en place d’une opération de maintien de la paix des Nations unies.» Au programme également de cette réunion de travail, la crise en République centrafricaine, où la Communauté économique des États de l’Afrique centrale - que préside actuellement le Tchad - déploie d’importants efforts politiques et militaires en vue d’un règlement pacifique.

Les deux ministres se sont enfin entretenus des enjeux de sécurité régionaux au Sahel et  de la menace terroriste.

Lire aussi :

21 mars 2013

Mali : le courage des soldats tchadiens


Le journal Ouest France a publié un reportage du journaliste Abdelnasser Garboa sur le quotidien des soldats tchadiens dans les Ifoghas au Mali. Les forces tchadiennes ont reconquis la vallée d'Amtetaï au prix de lourdes pertes. Abdelnasser Garboa, qui a pu visiter cette vallée, témoigne.

Lire cet article :
Mali : les Tchadiens à l'assaut du massif des Ifoghas

Lire aussi :
Le Tchad rejoint la Misma
Idriss Deby : le terrorisme n'a pas de frontière

19 mars 2013

Idriss Deby : "le terrorisme n'a pas de frontière"


"La menace des jihadistes existe ici au Tchad. Elle existait avant qu'on envoie nos forces au mMali. Ce qui se passe au Mali n'est pas loin, c'est dans le Sahel", a déclaré le président Idriss Deby Itno dans l'hebdomadaire tchadien Notre Temps. "Le terrorisme n'a pas de frontière, n'a pas de visage et peut vous sauter à la gueule n'importe où, n'importe quand", souligne le président tchadien qui a engagé 2.000 soldats au Mali. Le Tchad a déjà payé un lourd tribut avec 29 soldats tués.

"Qui peut vous dire aujourd'hui qu'il n'y pas de Tchadiens enrôlés comme terroristes ailleurs?", s'interroge le président tchadien. "Vous avez des Tchadiens qui sont arrêtés en Arabie Saoudite, en Afghanistan et qui ont été jugés aux Etats-Unis et emprisonné à Guantanamo, au Soudan, en Irak". "Puisque ces Tchadiens sont déjà en action à l'extérieur de notre territoire, qu'est ce qui prouve qu'ils ne s'intéresseront pas à notre pays un jour ?", se demande-t-il. "Soyons prudents, si nous ne combattons pas ce mal loin avec les autres, notre société va se déchirer".
Au Nord, dans le massif de l’Adrar, les forces française de l'opération Serval sont toujours engagés en coordination avec les forces tchadiennes et poursuivent leurs opérations dans la région située au sud de Tessalit. © EMA
Le contingent tchadien, précieux allié de la France au Mali, le plus aguerri de toutes les troupes africaines déployées au Mali, a officiellement intégré la mission africaine (Misma).

Le Tchad, plus gros contributeur de la Misma
1.200 soldats français et 1.500 soldats tchadiens traquent actuellement les combattants djihadistes dans le massif des Ifoghas. Plus d'une centaine de combattants islamistes auraient été tués lors des violents combats qui s'y déroulent depuis la mi-février.

Au sein des forces essentiellement ouest-africaines déjà présentes au sein de la Misma, il faut relever le rôle majeur du contingent des 2.000 soldats Tchadiens, affûtés et aguerris, rompus à la guerre du désert. Le Tchad est le plus gros contributeur des troupes à la Misma qui déploie actuellement au Mali environ 6.300 soldats.

Lire aussi:

Terrorisme : Boko Haram frappe sans rémission

Mise à jour le 18 mars 2013, 18:29

Boko Haram, on en parle beaucoup. Et on la définit par ce raccourci rapide comme "une secte nigériane djihadiste anti-chrétienne". Je dirais plutôt qu'il s'agit d'un mouvement hostile à tout ce qui vient des "apostats d'Allah" et de tout ce qui vient de l'Occident.


Son fondateur, Mohamed Yusuf, né le 20 janvier 1970 dans le village de Girgiri de l'Etat de Yobi, au nord-est du Nigéria, était un islamiste nigérian, adapte du salafisme. Issu de l'ethnie des Kanuris, parti à 20 ans poursuivre des études de théologie à Medine, "la ville du prophète" en Arabie Saoudite. A son retour, il crée et organise Boko Haram, un groupe armé actif dont il devient le chef spirituel, implanté dans plusieurs Etats du nord-est du pays.

Yusuf est un magnifique athlète, rigoureux, sobre, frugal. Son idéologie s'inspire de celle des Talibans afghans. Ses prêches sont intolérants. Il dénonce les imams tiédistes, rejette avec force "tout ce qui vient des Blancs" et revendique un retour "intégral au Coran". Boko Haram signifie d'ailleurs en dialecte haoussa : "L'école est un péché."

Durant les quelques années où il se tient calme, convertit ou endoctrine ses cadres, Yusuf étoffe son mouvement, et sacrifiant à la tradition, épouse quatre femmes et leur fait douze enfants.

Dans ses "communiqués aux croyants", il réclame la mise en pièces du système d'éducation "fabriqué pour les marchands et les Chrétiens", attaque ouvertement le gouvernement du président Umaru Yar'Adua et dénonce les fonctionnaires corrompus à sa solde, les "imams collabos". 

Il participe cependant à des débats théologiques houleux. Très vite l'extrémisme de ses propos le fait interdire de ces réunions. Cet échec durcit sa détermination. Devant une grande carte, il mûrit sa stratégie nihiliste et prend la mesure de son ambition.

La réaction de l'armée nigériane est impitoyable
Les troupes nigérianes. © US Federal government.
Durant huit années, la "secte" se tient calme. Fin 2003, la veille de Noël, son nouveau chef Ustaz Mohamed Yusuf déclenche des actions armées spectaculaires. Ecoles chrétiennes, postes de police, bâtiments publics, grenadés, incendiés. De 2005 à 2008, peu d'affrontements. En juin 2009, des renseignements remontent vers les services nigérians. Boko Haram est armée. L'armée va intervenir et ratisser les provinces du nord.
La secte répond par une série d'actions violentes, faisant sauter des églises, des casernes, des douanes, des postes de gendarmerie. Bilan : 715 victimes.

L'innovation qui différencie l'action de Boko Haram des autres groupes terroristes africains : elle attaque de préférence les bâtiments religieux ou terroristes ou publics quand ils sont pleins, les églises ou les temples pendant la messe du dimanche, à la Nativité, l'Ascension, les mosquées pendant la prière du vendredi, les tribunaux en séance, les autocars bourrés de passagers, les prisons quand les détenus remontent des cours de promenades dans leurs cellules.

En réponse, la réaction de l'armée est impitoyable. Elimination de plus de 800 membres du groupe dont le chef Ustaz Mohamed Yusuf surnommé "l'invulnérable". A l'époque, les forces nigérianes annoncent également la mort d'Abubakar Shekau, son bras droit. La presse nationale dénonce la secte "des fous de Dieu liés par le serment du sang qui étale ses victimes dans les rues" et prédit l'instauration de la Charia sur tout le territoire national. Mais les adeptes de la "secte", qui se présentent désormais comme les "nouveaux talibans nigérians", poursuivent leurs actions meurtrières. Un an plus tard, à la surprise générale, en juillet 2010, "l'imam" Shekau réapparaît dans une vidéo postée sur internet. Dans cet enregistrement, Shekau, leader de Boko Haram promet une lutte sans pitié au gouvernement central.

Que sait-on de lui ? Il est né il y a quarante ans à Shekau, un village dont il porte le nom, près du Niger. Son âge ? 42 ans. Une jeunesse désœuvrée à Majoni, un quartier miséreux de Maiduguri. Vols de voitures, bagarres, fumeur de marijuana, il traîne dans les bars. En 2002, repéré par Mohamed Yusuf, il rejoint la secte. Contrairement à son aîné, il n'a que peu fréquenté l'école et moins encore suivi une formation théologique. C'est un homme en pleine force, le regard vif, la barbe très noire, bien taillée. Peu causant, brutal, le poing qui parle vite. Il ne parle pas l'anglais, s'exprime en kanouri, haoussa ou arabe. Recherché depuis trois ans comme l'un des chefs terroristes les plus dangereux du continent africain, Shekau reste introuvable.

La secte Boko Haram se radicalise
Dans sa vidéo la plus récente, il apparaît à visage découvert, le sourire éclatant, keffieh sur la tête, longue robe blanche des salafistes, un fusil Fal posé à sa droite contre le mur. C'est un combattant sans charisme, déterminé. L'action pour l'action. Shekau s'est imposé à tous par son courage et son intransigeance. A l'inverse de Yusuf qui était admiré et respecté de tous, il est craint et il ose.

Le 26 août 2011, l'attentat commis à l'encontre de l'immeuble des Nations Unies dans la capitale d'Abuja prend une dimension internationale et menaçante. Alors que jusqu'à cette attaque, Boko Haram était considérée comme un mouvement régional de "bandits devenus terroristes", les choses ont pris de l'ampleur. Des opérations suicides à l'explosif se sont multipliées. Une façon inédite en Afrique de lancer des bombes humaines sans aucune parade possible. Avec Shekau, la secte s'est radicalisée. Il a fait assassiner plusieurs imams au prétexte qu'ils avaient trahi "la cause" d'Allah, parce qu'ils avaient discuté avec des fonctionnaires d'Etat. La majorité des musulmans dénonce "cet usage excessif de la force".

Fin 2011, Boko Haram compte environ 800 adeptes — combattants dotés d'armes légères, d'explosifs, d'un demi-millier de mines et de bombes incendiaires. Durement secouée dans le nord du Nigéria, elle a fait glisser 300 de ses hommes vers le sud du Niger, les abords du lac Tchad et la frontière méridionale du Tchad. Objectif, les Chrétiens sudistes "noirs". Une partie de ces hommes auraient fait leur jonction avec des éléments de l'Aqmi.

Des vétérans des opérations en Irak
Depuis février 2012, les recrues de Boko Haram s'entraînent dans des camps encadrés par des djhadistes, vétérans des opérations en Irak, en Algérie ou en Afghanistan. Les service occidentaux s'inquiètent d'une vidéo diffusée, il y a trois mois à peine sur internet, montrant des combattants qui s'expriment en peul, haoussa, fulani, tamachecq, portugais (pour les recrues venant d'Angola)... et en français pour des volontaires musulmans arrivés nombreux de la métropole. Tous entraînés par des membres de la milice somalienne Al-Shabbab. Leur formation achevée, ces futurs combattants se rassemblent pour un dernier salut derrière l'étendard noir du prophète. Sur les bandeaux qui entourent leurs fronts, il y a des inscriptions : "Allah est la réponse!", "Dieu est éternel!", "Son ombre s'étendra sur la terre!". Mais qui sera son vizir ?!
P.Dt. pour 24heuresinfo

16 mars 2013

Habré jugé au Sénégal


Le compte à rebours a commencé de ce qui pourrait bien être un très long ballet judiciaire. L'instruction sur les crimes commis au Tchad par l'ancien président Hissène Habré, —qui a débuté le 8 février à Dakar, au Sénégal—, doit durer quinze mois et le procès s'ouvrira en 2014. Coût de l'instruction : 4,85 milliards de F CFA (7,4 millions d'euros). Le Sénégal ne déboursera rien. Le plus gros contributeur sera le Tchad (2 milliards de F CFA). Puis l'Union européenne (2 millions d'euros), les Pays-Bas (1 million d'euros), l'Union africaine (1 million de dollars), les États-Unis (1 million de dollars), l'Allemagne (500 000 euros), la Belgique (500 000 euros), la France (300 000 euros) et le Luxembourg (100 000 euros).

C'est l’élection de Macky Sall à la présidence du Sénégal en avril 2012 et l’arrêt de la Cour internationale de Justice du 20 juillet 2012 ordonnant au Sénégal de poursuivre en justice «sans autre délai» ou d’extrader l’ancien dictateur du Tchad, qui ont permis la tenue de ce procès toujours différé sous le régime de Abdoulaye Wade, l'ancien président sénégalais. Hissène Habré devra répondre des crimes internationaux commis au Tchad entre le 7 juin 1982 et le 1er décembre 1990. «Nous allons démontrer que Habré dirigeait et contrôlait les forces de police qui ont tué ou torturé ceux qui s'opposaient à lui ou qui appartenaient simplement au mauvais groupe ethnique», a déclaré l'avocate des victimes et présidente de l’Association Tchadienne pour la Promotion des Droits de l' Homme (ATPDH), Jacqueline Moudeïna.

Sous le régime Habré, la DDS, sa police politique impitoyable et redoutée, a en effet procédé a des milliers d’arrestations, des tortures et d'exécutions sommaires d’opposants et autres Tchadiens. Selon l’Association des Victimes des Crimes du Régime de Hissène Habré (AVCRHH), fondée par une des victimes du dictateur Souleymane Guengueng, et qui ont porté plainte, Hissène Habré serait responsable d’un millier d'assassinats politiques. 500 témoins pourraient être auditionnés.
Reed Brody (Human Right Watch) dans les locaux de la DDS
 à N'Djamena (Tchad). © Human Right Watch

Hissène Habré également recherché par la justice belge
Pour l'association de défense des droits de l'homme, Human Right Watch, qui travaille depuis 1999  avec les victimes de l’ancien dictateur du Tchad en exil,
 «Habré est accusé de milliers d’assassinats politiques et de l’usage systématique de la torture lorsqu’il dirigeait le Tchad de 1982 à 1990. Habré est aussi recherché par la justice belge pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture.»
Reste à savoir si la justice se penchera sur la gestion des fonds que l'ancien président tchadien avait emporté avec lui dans sa fuite précipitée.
Alix Prat pour 24heuresinfo

• Un article de 24heuresinfo sur le même sujet:

L'interview de Reed Brody, conseiller juridique et porte-parole de HRW, concernant l'importance des poursuites judiciaires visant l’ancien président du Tchad, Hissène Habré (vidéo)

• Le site facebook de HUMAN RIGHT WATCH (en français)

14 mars 2013

Le soutien financier de Washington au Mali


Un article intitulé «Mali : la France annonce un passage de relais à l'ONU», publié le 12 mars, indiquait : «Jusqu’à présent, la France a supporté l’essentiel des frais liés à son engagement militaire dans la guerre au Mali, ainsi que la majeure partie des dépenses du contingent important fourni par le Tchad, soit 2.000 hommes.», précisant que l'opération Serval au Mali avait déjà coûté à la France «plus de 100 millions d’euros».


La nouvelle mode est de citer des sources anonymes, des diplomates qui veulent rester dans l'ombre ou des responsables politiques haut placés que la lumière du soleil pourrait blesser. Ainsi l'article citait «une source diplomatique française». Laquelle affirmait toujours «sous le couvert de l'anonymat» : «Les 2.000 Tchadiens, c’est nous qui gérons, leur approvisionnement en munitions, en pétrole».

Cette source anonyme, tout comme le journaliste auteur de cet article imprécis, oublie de préciser que les États-Unis ont accepté de ravitailler gratuitement en vol les avions français, qui participent à l'intervention au Mali, à l'aide de trois ravitailleurs KC-135. Coût pour les USA : 20 millions de dollars. L'aide américaine comprend également des moyens de renseignements, des drones d'observation lesquels patrouillent au-dessus du Mali, ainsi que  des moyens de transport aérien. Deux C-17 ont également permis fin janvier l'acheminement de 350 militaires français depuis le centre de regroupement de Miramas (Bouches-du-Rhône) et le transport à Gao de soldats nigériens et tchadiens depuis le Niger. Les rotations de l'US Air Force ont déjà permis d'acheminer plus de 140 tonnes d'équipements. 

Le soutien des Etats-Unis
Washington s'était engagé à un «soutien complet et immédiatement effectif» au contingent tchadien (vivres, eau, transport aérien). C'est aussi le Congo qui a  assuré le transport des troupes tchadiennes vers le Mali. Décision confirmé par un  communiqué daté du 19 janvier dernier : « La République du Congo assure le transport, avec armes et matériel, des deux mille soldats de l’armée tchadienne vers le Mali, indique ainsi le document émanant du cabinet du président de la République, dans le cadre de la mise en place d’une force d’interposition africaine pour le Mali, estimée à 3 500 hommes. »

Les Etats-Unis ont déployé des drones de surveillance «Predators» au Niger en soutien aux forces françaises, un appui logistique précieux pour le repérage au Mali des combattants islamistes et leur «neutralisation». Près de 100 militaires américains sont également présents dans le pays ouest-africain du Niger. Selon les termes du président américain Barack Obama,  ce déploiement «soutiendra la collecte de renseignements et facilitera le partage des renseignements avec les forces françaises menant les opérations au Mali et avec les autres partenaires de la région». (Lire notre article "100 militaires américains déployés au Niger")

Les Etats-Unis ont déjà octroyé 96 millions de dollars pour l’entraînement et l'équipement de la Misma, — la force ouest-africaine qui devrait relayer à terme l’armée française —, mais qui n'a pas l'air de se presser pour aller au combat. Seuls les 1.800 soldats du Tchad déjà déployés dans le Nord-Mali, sont engagés sur les points les plus chauds aux côtés des troupes françaises. Le Tchad, qui est avec la France, en première ligne dans cette région proche de l'Algérie, a déjà perdu 28 soldats dans les combats du Nord-Mali.

Bref, les Etats-Unis non seulement partagent les objectifs de la communauté internationale de priver les terroristes de tout sanctuaire et de restaurer une gouvernance démocratique au Mali, mais ils ont fourni un appui significatif à l'opération Serval et au contingent de la Misma.


Le relais à l'ONU
«Les troupes françaises n’ont pas vocation à rester éternellement au Mali», a rappelé le ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius. Le président de la République François Hollande a annoncé une diminution du nombre de soldats français déployés au Mali — plus de 4.000 — «à partir du mois d’avril». Laurent Fabius souhaite passer du cadre actuel (...) à une opération de maintien de la paix (OMP), qui devrait probablement être votée au mois d’avril et appliquée deux mois plus tard». Une opération «chapeautée par l’ONU et financée par les Nations unies, ce qui évidemment a un certain nombre de conséquences en ce qui nous concerne», a déclaré le ministre.

Faut-il parler du prix du sang ? La France déplore 4 tués et le Tchad 28 morts au combat. Sans compter les blessés graves, les invalides... Et les familles de ces courageux soldats, qui va les prendre en charge ?
Alix Prat pour 24 heuresinfo

10 mars 2013

Mali : le Tchad rejoint la Misma

Les 2000 soldats tchadiens ont rejoint la Mission Internationale d'Appui au Mali (Misma). L'annonce a été faite, samedi, après la réunion du comité des chefs d'état-major des pays de la Cédéao sur la crise malienne, par le chef d'état-major ivoirien, le général Soumaïla Bakayoko, la Côte d'Ivoire présidant actuellement la Cédéao. Le second poste de commandement adjoint de la Misma devrait être confié à un général tchadien.

En visite au Tchad, l'ancien Président burundais Pierre Buyoya, représentant spécial* de la commission de l’Union Africaine et commandant en chef de la Mission internationale d’appui au Mali (MISMA), a tenu à rendre un hommage particulier samedi aux soldats tchadiens morts pour la libération du nord Mali, au cimetière militaire de Farcha, à N'Djaména. Il était accompagné du ministre des Affaires étrangères et de l’intégration africaine Moussa Faki Mahamat et du chef d'Etat major particulier à la Présidence de la République, le général de division Adoum Guélémine Gabgalia. Le commandant en chef de la MISMA s’est ensuite rendu à Hôpital militaire d’instruction de N’Djaména pour visiter les malades évacués du Mali placés sous traitement médical.

Pierre Buyoya avait été reçu longuement la veille par le président de la République du Tchad Idriss Deby République entouré de ses proches collaborateurs. Au programme : la crise malienne à la lumière des décisions prises lors du dernier conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine tenu cette semaine à Addis-Abeba.


«Le Tchad est le plus gros contributeur des troupes à la MISMA, mais force est de constater qu’il n’est représenté nulle part à l’état-major de la Cédéao. Pourquoi cette injustice ? Pierre Buyoya a déclaré que cette injustice serait réparée», a affirmé, à l'issue de cette réunion, le service de communication de la Présidence du Tchad.

Le Tchad compte 28 soldats tués au Mali. La MISMA indemnisera-t-elle leurs familles ? Le représentant spécial de la Commission de l’Union Africaine au Mali et chef de la Mission Internationale d'Appui au Mali (MISMA) a répondu par l’affirmative.
Cérémonie en hommage aux soldats tchadiens.

Quel sera l’avenir des forces africaines ? Plus d’un millier de soldats africains sont encore attendus au Mali. La Cédéao souhaite la transformation de la Misma en mission de l’ONU. La Mauritanie, qui avait déjà salué "l'intrépidité des soldats tchadiens", a déjà annoncé son intention d'y participer. Il est certain que si la mission devenait onusienne, elle disposerait de plus amples moyens sur le terrain où ses actions seraient mieux coordonnées.
Alix Prat pour 24heuresinfo


* Pierre Buyoya a été nommé représentant spécial de la Commission de l’Union Africaine au Mali et chef de la Mission Internationale d'Appui au Mali (MISMA) le 30 janvier 2013, par la Présidente de la Commission de l'Union africaine (UA), Dr Nkosazana Dlamini-Zuma.

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