20 juin 2013

Il y a cent ans, le Tour de France


Maurice Garin, le petit ramoneur (© Agence Meurisse/BNF)
et Hippolyte Aucouturier, dit le Terrible (© PD-1923).
Avez-vous lu Le premier Tour de France de Jean-Paul Vespini qui vient de paraître ? Oui ? Sinon, dépêchez-vous de l’acquérir. C’est une belle histoire, bien écrite, pittoresque, documentée, le récit haletant, une formidable aventure qui commence en 1903. Cette année-là, une soixantaine de pionniers s’élancent sur les routes de France pour courir ce qui va devenir l’épreuve la plus éclatante et la plus populaire du cyclisme. Six étapes de quatre cents kilomètres chacune. Les concurrents de ce premier Tour de France, ouvriers, bûcherons, menuisiers, forgerons, vont se dévaster dans une guerre farouche pour gagner l’épreuve. Des hommes de fer montés sur des vélos à roue fixe et... sans freins. Ils courent même la nuit sans lanterne des étapes de seize heures d’affilée. Le courage, la fureur, la poussière, la chaleur torride et une soif à sécher les poumons. Pas de dope dans le peloton mais une bouteille de bordeaux dans la musette. Du champagne pour certains. Au ravitaillement, un ouragan s’abat sur la table aux victuailles : saucisses, pâtés, oranges, disparaissent dans les poches des maillots. Les plus fatigués boivent au goulot de n’importe quel flacon.

Le «petit ramoneur» et le «terrible»
Pour ces guerriers en selle, pressés de souffrir, seule la victoire compte. En tête de cette horde qui se rue sur les routes, des champions. Maurice Garin, «le petit ramoneur», toujours en veste blanche, Aucouturier, surnommé le «terrible», le Belge Samson, Augereau, l’Allemand Fischer. Ils grimpent, bloquent leur machine dans les descentes, ils encaissent la pluie glacée, des chutes dans les ravins et remontent sur le premier vélo qu’on leur tend. Et ils ont des moustaches cirées, ces coureurs. Et puis, il y a la presse qui en fait des vedettes, relate leurs exploits. L’Auto et son rival, Le Monde sportif, Le Routier, La Revue des sports et du plein air qui envoie à chaque abonné capable d’en gagner dix autres un revolver de poche Bull-Dog. Il y a les journalistes, Desgrange, le Patron du Tour, et Jo Lefèvre, Alibert, Baugé. La presse nationale amplifie leurs proses à travers le monde jusqu’à Shanghai et Pékin. Ce sont leurs articles, en accompagnant les coureurs, qui vont donner aux héros de ce premier tour la dimension qui va remuer les foules.
Henri Desgrange, (1865-1940), rédacteur en chef de
L'Auto, à son bureau en 1914. DP : Fonds BNF.
Ovationné comme un chef d'Etat
Au terme de cette hallucinante chevauchée de 2.500 kilomètres, Paris accueille les géants comme des princes. Maurice Garin est vainqueur. Après une réception à l’hôtel de ville, le roi du Tour monte dans un landau couvert de fleurs, escorté par plus de 2.000 cyclistes fleuris. Il accomplit un tour de ville salué et ovationné comme un chef d’Etat.

Le livre de Jean-Paul Vesperini raconte avec talent les débuts de la formidable épopée du Tour qui, cent ans après, continue d’emballer les Français. Du panache, du dépassement et un spectacle magnifique qui perdure.


Pierre Darcourt  pour 24heuresinfo




18 avril 2013

Le 19 Mars, porteur de mémoire


La date du 19 Mars qui correspond à un fait historique
majeur, le cessez-le-feu du 19 mars 1962, est déjà ancrée
dans l'esprit du grand public. Photo © J. Robert DMPA  

«L'offense à l'Histoire, c'était le 5 décembre» a souligné avec perspicacité le sénateur du Rhône Guy Fischer (1), lors des débats au Sénat, le 25 octobre 2012, portant sur la reconnaissance du 19 mars comme journée nationale du souvenir. Il avait ajouté : «Une date de commémoration doit avoir un sens historique et symbolique.» C'est dans cet esprit que la proposition de loi qui fait du 19 mars, date anniversaire du cessez-le-feu en 1962, la «journée nationale du souvenir» en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie, a été définitivement adoptée  par le Parlement, après un vote en ce sens au Sénat.

Aujourd'hui, d'aucuns s'interrogent : faut-il abroger la date du 5 décembre qui n'a, elle, aucune portée historique ? «Sa suppression faciliterait la compréhension et la connaissance de l'histoire des conflits nord-africains par le public et le travail de transmission de la mémoire à destination des jeunes générations», estime le député de Meurthe-et-Moselle Hervé Féron. Un autre député Thomas Thévenoud (Saône-et-Loire) a, lui aussi, posé la question à l'Assemblée nationale, le 5 février dernier, soulignant que le maintien de la date du 5 décembre, «qui ne correspond à aucun fait historique majeur», était de nature «à créer la confusion». Il souhaitait savoir dans quelle mesure le Gouvernement entendait «mettre fin aux célébrations du 5 décembre et faire du 19 mars la seule et unique date de commémoration de la guerre d'Algérie».

Un mois plus tard, le 5 mars 2013, sa question écrite avait reçu une réponse précisant que rien n'empêchait «qu'un même événement ou une même population fasse l'objet de deux commémorations au cours d'une année». Ajoutant : «Le législateur a ainsi choisi, par la loi  n° 2012-273  du 28 février 2012, d'ériger le 11 novembre en date de commémoration de tous les morts pour la France sans pour autant que cette journée d'hommage se substitue à celles déjà existantes.» Cette réponse à la Normande oublie de mentionner que la date du 19 Mars correspond à un fait historique réel, le cessez-le-feu en Algérie du 19 mars 1962 qui, lui, sera retenu par les générations futures. La date du 5 décembre, elle, n'évoque rien dans l'esprit de nos contemporains, ni chez les jeunes, ni chez les seniors. Cela est simple à vérifier, il suffit de poser, autour de soi, la question : «Qu'évoque pour vous le 5 décembre ?» Rien. Le public l'ignore. Le 5 décembre n'est donc pas porteur de mémoire, mais d'oubli.

Comme l'a souligné le sénateur Georges Labazée, le 19 mars n'est pas «signe de victoire ou de défaite, mais d'une décision politique, l'arrêt des combats». «Nous devons encourager la réconciliation nationale et la recherche historique, a-t-il affirmé, dans un but pédagogique, à la lumière des valeurs républicaines et humanistes sur lesquelles repose notre constitution.»
Alix Prat pour 24heuresinfo

1. Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc.

07 avril 2013

Prix Pierre Schoendoerffer : un jury sur mesure

Pierre Schoendoerffer : son œuvre a été couronnée par de nombreux prix
littéraires, cinématographiques et audiovisuels
. Photo © R. Bonnefoy 
L'armée de Terre, sur la proposition de l'écrivain François Sureau (1), membre du jury du prix littéraire Erwan Bergot, épaulé par Pierre Darcourt (2), journaliste, écrivain, et par quelques autres de ses confrères, a créé le prix cinématographique et audiovisuel Pierre Schoendoerffer. Une figure respectée du reportage de guerre. Et auteur-réalisateur du plus beau film de la guerre d'Indochine, «La 317e Section». Et de «La Section Anderson», couronnée par un oscar à Hollywood.

Le général Bertrand Ract-Madoux, chef d'état-major de l'armée de Terre, s'était rallié avec enthousiasme au projet. «Schoen» méritait tout de même une meilleure entrée. Les économies forcées imposées à l'armée de Terre ont fait que la dotation de 6.000 euros accordée au lauréat du prix Erwan Bergot depuis 20 ans a été divisée par deux pour approvisionner le prix Schoendoerffer.

Personne ne pourra contester le choix d'un maître de l'image de carrure internationale. Dans la composition du jury, toutefois, les militaires, formés en carré, font une entrée en force : huit militaires, y compris Mlle Véronique Page, officier de presse de l'Armée de terre, pour six civils dont un grand reporter estimé de tous, Patricia Allémonière.

Après l'affichage suit un règlement précis et bien conçu dont il faut espérer qu'il sera, au contraire de celui du prix Bergot, rigoureusement appliqué. Ce dernier prévoyait que chaque lauréat pouvait siéger une année après sa nomination. Il n'en est rien. Cinq d'entre eux, sont toujours membres du jury depuis cinq ans, douze et même quinze ans !

A noter, l'absence inexpliquée parmi le jury de Frédéric Schoendoerffer, le fils aîné de «Schoen», réalisateur, producteur, scénariste de talent, cinéma et télévision.
Alix Prat pour 24heuresinfo

1. François Sureau est écrivain et avocat conseil de l'ex-premier ministre François Fillon.
2. Ami personnel de «Schoen» depuis son arrivée en Indochine en 1953. Lauréat du prix littéraire de l'armée de Terre Erwan Bergot.

05 avril 2013

UNC : coup de blues rue Vézelay

Ça ne va pas fort dans le bureau sombre et lambrissé du président de l'UNC, l'Union nationale des combattants. Un condensé de la mort lente entre quatre murs qui pourraient conter tant d'anecdotes sur la direction, plutôt chaotique, de cette vieille dame chenue. Une chose est sûre : les «jeunes» ne sont pas contents. Si l'on en doutait encore, il suffit de lire le dernier éditorial de La Voix du combattant, l'organe de presse de l'association. Le général Jean Kervizic est sur le grill. Il doit faire face à une fronde des «jeunes». A l'UNC, les jeunes sont d'âge... canonique. Mais ils piétinent. D'impatience. On leur promet le pouvoir depuis... plus de dix ans. Les gérontes se succèdent à la tête de l'UNC, promettant de tout révolutionner, le site internet, le journal, l'image de l'association... Statut quo, cependant. La photothèque du site internet n'a pas été mise à jour depuis juin 2012, les petites annonces sont publiées dans le magazine avec un délai... d'un an et la lettre d'information du nouveau directeur administratif, UNC INFOS, a la totale platitude de style de l'indicateur des chemins de fer. La variété de destinations en moins.

Le directeur a d'ailleurs dû revoir ses ambitions à la baisse. Après avoir été recadré très sèchement par le bureau national de l'association, il se contente d'effectuer «l'ordinaire». Un quotidien de dépoussiérage rituel des bibelots.

Les bibelots, l'UNC en a toute une collection. Mais ils ne font plus recette. Parce que la vieille dame chenue a des états d'âme. Et se prend à regretter le départ de son ex-président, Hugues Dalleau. 50 ans de loyaux services. Plus de 25 ans à la direction de l'association. Politique cultivé, son style était fait de souplesse, d'intransigeance sur les valeurs qu'il défendait, et d'humanité. Son successeur n'a pas le soutien politique dont il a bénéficié. Question de carrure. D'influence, aussi :  un réseau de contacts de premier ordre a disparu...

Côté communication, ça cafouille. Ça ne date d'ailleurs pas d'hier. Les impératifs de l'ère numérique ne sont toujours pas intégrés par ce que le précédent directeur administratif avait pompeusement baptisé «le pôle communication». Qui en est toujours resté, en interne, au terme de «propagande» pour piloter ses campagnes de presse. La com, c'est un métier. Il faut du talent pour mettre des cercueils en couverture. Une photo ne fait pas tout. Les responsables de la maquette étaient fatiguées de devoir les mettre en page. Il est certain que concevoir une couverture percutante est beaucoup moins facile (et drôle) que jouer à Farm Heroes Saga... Le «Tigre» doit se retourner dans sa tombe.

Alix Prat pour 24 heuresinfo. Mise à jour 13 mai 2013, 20:12

FNACA : suivez le guide !

Du nouveau sur le site de la FNACA.org : une présentatrice commente les pages que les internautes vont découvrir. Du virtuel à l'ère du XXIe siècle. Une animation flash réussie. Convivial.
Suivez le guide !

Le 19 Mars se popularise
Depuis l'officialisation de la date du 19 Mars, enterinée le 6 décembre 2012 (le lendemain de la date fantaisiste du 5 décembre, ça ne s'invente pas !), de nombreux espaces officiels du 19 mars commémorant le cessez-le-feu en Algérie sont créés sur le territoire français. A Prahecq, un espace du 19 Mars a été créé, inauguré par le maire de la ville, Claude Roulleau, lui-même ancien appelé en Algérie. Des créations d'espaces de mémoire dédiés au 19 mars, à suivre sur le blog de Michel Dandelot.

Il serait intéressant de répertorier toutes les rues du 19 Mars, les squares, les ponts... A quand une carte de France des espaces du 19 Mars ?
Alix Prat pour 24heuresinfo

02 avril 2013

ECPAD : Images insolites

Le singe Dao de Moussoro à la recherche de son image
Opération Silure (désengagement de la force Manta).
Le singe Dao de Moussoro à la recherche de son image dans l'objectif.
© George Pratica ECPAD
Elles doivent tout à l’œil du photographe. Magie de l'image. De l'instantané. A voir en diaporama sur le site de l'ECPAD, des images insolites de reporters, qui, saisissant une situation singulière, ont usé de leur art de la composition et du sens du détail pour nous la révéler. 

Du matelot dans le désert saharien au sous-marin dans le bassin des jardins du Trocadéro, en passant par le très singulier sapin de Noël d’un hôpital de campagne pendant la guerre du Golfe, l’exposition présentée ce mois-ci à la médiathèque de la Défense témoigne du regard toujours vif et jamais blasé des reporters de l’ECPAD.

Le lien vers le site de l'ECPAD : Images insolites

01 avril 2013

Mali : à Tombouctou, des terroristes bardés d'explosifs

Des soldats de l'Opération Serval sont venus en appui des soldats maliens à Tombouctou.
A droite, l'amiral Guillaud au Mali. © Mindef

A Tombouctou, le 31 mars, des soldats de la force Serval ont appuyé l’armée malienne et neutralisé l'attaque d’une quinzaine de terroristes. Deux Mirage 2000 et deux Rafale sont intervenus en appui.
Dans la nuit du 30 au 31 mars 2013, vers 22 heures, des groupes terroristes s'étaient infiltrés dans le centre ville de la ville, à proximité d'une caserne des forces armées maliennes (FAM), au camp militaire Cheick Yehia. D'autres groupes terroristes se sont éparpillés un peu partout en ville, notamment au niveau de l'hôtel Colombe, où résident le gouverneur, le général Mamadou Mangara et les autres responsables régionaux de l'administration publique. Des terroristes bardés de ceintures explosifs se sont dirigés vers les militaires maliens. Deux de ces kamikazes se sont fait exploser.

Des kamikazes bardés d'explosifs
Des terroristes, qui tentaient de s’exfiltrer vers le nord-ouest de la ville, ont été repérés et pourchassés par la population. Un militaire français blessé au cours de l'opération a été transféré par hélicoptère vers l’hôpital militaire français de Gao. Ses jours ne sont pas en danger. Bilan provisoire : 8 terroristes morts et un sous-officier mort et 8 blessés pour l'armée malienne.

Cette attaque terroriste pourrait être liée à la présence à Bougouni, à une soixantaine de Tombouctou du chef du mouvement rebelle touareg islamiste Ansar Dine, Lyad ag Ghali. Originaire de Kidal, âgé de 54 ans, Lyad ag Ghali, est une figure du mouvement rebelle touareg malien, recherché par le services de renseignements français et maliens, désigné par le département d'Etat américain comme un «terroriste mondial», il  aurait tenté de fuir le Mali, fin janvier 2013.

Montée en puissance des forces africaines
Quelques centaines de militaires parachutistes « bérets rouges » ont quitté dimanche Bamako pour le nord du Mali pour intégrer le dispositif militaire malien. Ce départ signe la fin de graves tensions au sein de l'armée malienne entre bérets rouges et bérets verts. Une compagnie d’instruction de parachutistes sera installée à Bamako. Et deux autres compagnies seront basées à Tombouctou et à Gao, dans le nord du Mali.

A Ménaka, les 280 soldats du bataillon nigérien arrivés depuis le 24 mars ont effectivement repris la responsabilité de cette zone à la place des soldats français qui ont progressivement quitté la zone pour rejoindre Gao. Un détachement de liaison français devrait y être déployé prochainement pour faciliter la coordination des actions françaises dans la zone. La mise en place de soldats nigériens marque le transfert progressif de responsabilité entre les forces françaises et les forces de la MISMA, alors que les forces africaines poursuivent leur montée en puissance. Elles sont près de 6300 présentes sur le sol malien aux côtés de 4800 soldats des forces armées maliennes.

Le ministre malien de la Défense et des anciens combattants, le général Yamoussa Camara a confirmé l'arrestation par les services de sécurité de la Mauritanie de l'un des auteurs de la tuerie barbare de Dougoumi, un village de la région de Mopti, l' ex-caporal de la Garde nationale Hawa Ag Ambi, déserteur de l'Unité méhariste de Léré. Le bilan avait été particulièrement lourd : vingt morts et des disparus parmi la population locale.

L'amiral Guillaud au Tchad
Après Gao et Nouakchott, le Chef d’Etat-major des armées françaises l’Amiral Edouard Guillaud se trouvait en fin de semaine dernière à N'Djamena où il a rencontré, le 30 mars, le Président de la République du Tchad Idriss Déby. L'entretien qui a duré plus d'une heure a roulé sur le Mali où les forces tchadiennes et françaises traquent les narcoterroristes. « La participation de la troupe tchadienne au Mali est à saluer, a déclaré l’Amiral Guillaud après son entretien avec le Chef de l’Etat. Les forces tchadiennes ont été d’une grande contribution pour libérer le nord Mali. Actuellement, la situation sécuritaire dans le septentrion malien s’améliore. AQMI et les autres groupes ont essuyé des lourdes pertes et la traque continue ».